Le Retour des 24 Résistants Algériens : Un Tournant Historique dans la Guerre des Mémoires
Le tarmac de l’aéroport international Houari Boumédiène n’avait jamais connu un silence aussi lourd de sens que celui de cet après-midi du 3 juillet 2020. Sous le soleil d’Alger, l’atterrissage du Hercules C-130 des forces aériennes algériennes ne marquait pas une simple arrivée protocolaire, mais la clôture d’une parenthèse douloureuse ouverte il y a plus d’un siècle et demi. À bord, les cercueils de 24 chefs de la résistance populaire, drapés de l’emblème national vert et blanc, touchaient enfin le sol de la terre qu’ils avaient défendue jusqu’au sacrifice ultime.
Ce rapatriement, survenu à l’avant-veille du 58e anniversaire de l’Indépendance, revêt une charge symbolique puissante. Il met fin à 170 ans d’exil post-mortem pour ces héros – dont les célèbres Cheikh Bouziane et Cherif Boubaghla – dont les restes furent longtemps conservés, et pour certains exposés, dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris. Ce jour-là, l’Algérie ne célébrait pas seulement une fête nationale ; elle retrouvait une part manquante de son âme, brisant le déni colonial qui avait transformé ces combattants de la liberté en trophées de guerre.
Une victoire symbolique sur l’oubli colonial
Au-delà de l’émotion palpable et des honneurs militaires rendus, cet événement constitue une étape majeure dans ce que les historiens nomment la « guerre des mémoires ». Ce geste, fruit de longues tractations diplomatiques, ne se limite pas à une restitution physique ; il s’agit d’une reconnaissance implicite de la violence de la conquête coloniale. En arrachant ces figures historiques à l’anonymat des boîtes d’archives parisiennes pour leur offrir une sépulture digne au Carré des Martyrs, l’Algérie et la France ont entamé, ce 3 juillet 2020, un dialogue mémoriel complexe mais nécessaire, tentant de pansement sur des blessures encore vives.









