Une Mémoire Apaisée, mais une Histoire à Poursuivre
Le retour des 24 résistants le 3 juillet 2020 ne marque pas une fin, mais un commencement. Pour la jeunesse algérienne, née bien après les affres de la colonisation et de la guerre de libération, cet événement a matérialisé l’Histoire. Ces figures héroïques, jusque-là cantonnées aux manuels scolaires ou aux récits oraux, ont pris corps. En voyant ces cercueils, la nouvelle génération a pu tisser un lien charnel avec ceux qui, un siècle avant 1954, avaient déjà tracé la voie du refus. C’est une réappropriation de l’identité nationale : la preuve que la résilience est inscrite dans l’ADN de l’Algérie.
Sur le plan diplomatique, ce geste a entrouvert la porte d’une réconciliation des mémoires entre Paris et Alger, prouvant que les contentieux du passé, aussi lourds soient-ils, peuvent trouver des issues dignes lorsque la volonté politique transcende les blocages administratifs. Toutefois, le chemin reste long. Des centaines d’autres restes algériens dorment encore dans les fonds des musées européens, et la question cruciale de la restitution des archives – la “mémoire papier” – ainsi que des biens culturels spoliés (comme le canon Baba Merzoug) reste en suspens.
Ce rapatriement est une victoire sur le temps et l’oubli. Il nous rappelle qu’une nation ne se construit pas seulement sur des infrastructures, mais sur le respect dû à ses morts. En rendant à Chérif Bouziane et à ses compagnons leur place dans la terre d’Algérie, c’est toute une nation qui a recouvré une part de sa sérénité. Comme l’a si justement souligné un éditorialiste au lendemain de la cérémonie :
“Le colonisateur a cru pouvoir emprisonner leurs têtes dans des boîtes pour éteindre la flamme de la résistance. 170 ans plus tard, les boîtes sont ouvertes, le colonisateur est parti, mais la flamme, elle, est revenue illuminer le ciel d’Alger. C’est là leur ultime victoire : celle de la dignité sur la barbarie.”
Sources et Références
Pour aller plus loin dans la compréhension de cet événement historique et des enjeux mémoriels, voici une sélection d’ouvrages et de rapports consultés pour la rédaction de cet article :
- Belkadi, Ali Farid. Les crânes de résistants algériens. Une enquête minutieuse qui retrace le parcours de la découverte des restes au Musée de l’Homme en 2011.
- Stora, Benjamin. Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Remis au Président de la République française (Janvier 2021).
- Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM). Dossiers relatifs à l’insurrection des Zibans et au siège de Zaatcha (1849).
- Le Monde & El Watan. Archives de presse couvrant la période du 3 au 6 juillet 2020, détaillant le cérémonial militaire et les réactions populaires.
- Muséum national d’Histoire naturelle (Paris). Collections d’anthropologie biologique et dossiers relatifs à la restitution des restes humains (Charte de déontologie).
Pour compléter cette Article voila une chanson que j’ai composé:








