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L’épopée de Baba Merzoug : Le géant de bronze d’Alger devenu trophée français.

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“L’histoire de la prise d’Alger en 1830 est marquée par la saisie d’un objet légendaire : le canon Baba Merzoug. Ce géant de bronze, surnommé La Consulaire par les Français, est un trophée de guerre massif de 12 tonnes qui témoigne encore aujourd’hui de la puissance de l’artillerie ottomane.”

Le Géant de Bronze : L’Épopée de Baba Merzoug, de la Casbah de l’Alger aux Quais de Brest

L’histoire de la Méditerranée est pavée de conquêtes, de légendes et d’objets symboliques qui traversent les siècles. Parmi eux, un colosse de bronze de 12 tonnes et de 7 mètres de long occupe une place singulière. Connu sous le nom de Baba Merzoug par les Algérois et rebaptisé La Consulaire par les Français, ce canon n’est pas qu’une simple pièce d’artillerie : c’est un témoin muet de la chute d’un empire et de la naissance d’une ère coloniale.

En 1830, lors de la prise d’Alger, ce monument de puissance est devenu le trophée de guerre le plus emblématique de la France. Retour sur une saisie historique qui continue, aujourd’hui encore, de faire vibrer la mémoire des deux côtés de la mer.

I. Un Chef-d’œuvre de l’Ingénierie Ottomane

Avant de devenir un enjeu diplomatique, Baba Merzoug était l’ultime rempart de la “Blanche Alger”. Fondu en 1542 par un maître fondeur vénitien sur ordre du Beylerbey d’Alger, ce canon était une merveille technologique pour son époque.

Une Puissance de Feu Inégalée

Avec sa portée exceptionnelle pour le XVIe siècle, il protégeait l’entrée du port d’Alger contre les flottes européennes. Sa simple présence sur la jetée dissuadait les amiraux les plus téméraires. Pendant près de trois siècles, il a symbolisé l’invulnérabilité de la ville, alors plaque tournante de la puissance ottomane en Afrique du Nord.

Le Mythe de “La Consulaire”

Le nom français du canon, “La Consulaire”, trouve son origine dans un épisode sanglant de 1683. Lors d’un bombardement de la ville par l’amiral Duquesne, les Algérois, en guise de représailles, auraient placé le consul de France, Jean Le Vacher, dans la bouche du canon pour le projeter vers la flotte française. Ce récit, oscillant entre fait historique et propagande de guerre, a conféré au bronze une aura de terreur et de fascination pour les marins français.


II. 1830 : La Chute d’Alger et la Capture du Géant

Le destin du canon bascule le 5 juillet 1830. Après des semaines de siège et une avancée fulgurante des troupes françaises débarquées à Sidi-Ferruch, Alger capitule.

L’Entrée des Troupes de Charles X

Lorsque les forces françaises pénètrent dans la ville, elles sont éblouies par les richesses du Palais du Dey, mais ce sont les fortifications maritimes qui frappent l’imaginaire des officiers. Parmi les centaines de pièces d’artillerie, une seule attire tous les regards : le géant de 7 mètres.

La décision est prise immédiatement par le haut commandement : ce canon ne restera pas à Alger. Il doit être transporté en France comme une preuve tangible de la victoire totale de la monarchie sur la “Barbarie”. Le démontage et le transport de cette masse de 12 tonnes vers les navires de transport furent un défi logistique immense pour l’époque, nécessitant des treuils spéciaux et une main-d’œuvre considérable.

III. Les Figures Clés de l’Événement

La capture de Baba Merzoug est indissociable des hommes qui ont orchestré ce tournant historique.

1. Hussein Dey : Le Dernier Maître d’Alger

C’est lui qui, d’un coup d’éventail donné au consul français Pierre Deval, a fourni le prétexte à l’invasion. Malgré sa résistance initiale, il est contraint de signer la capitulation. Il quitte Alger en laissant derrière lui ses trésors et ses canons, dont le précieux protecteur du port.

2. Le Maréchal de Bourmont : Le Conquérant

Commandant en chef de l’expédition de 1830, de Bourmont voit en Alger une chance de redorer le blason du roi Charles X. Pour lui, ramener Baba Merzoug à Paris est un acte politique majeur destiné à prouver la grandeur de la France.

3. L’Amiral Duperré : Le Maître de la Mer

Chef de la flotte française, il a coordonné le blocus maritime et le transport des trophées. C’est sous sa supervision que le canon a franchi la Méditerranée pour atteindre les côtes françaises, marquant la fin de la domination navale algéroise.

4. Charles X : Le Roi derrière l’Expédition

Bien qu’il n’ait jamais mis les pieds à Alger, l’invasion était son projet ultime pour sauver sa couronne. Ironie de l’histoire : alors que le canon arrivait en France, Charles X était renversé par la Révolution de Juillet (les Trois Glorieuses). Le trophée de guerre du roi servira finalement à la gloire de son successeur, Louis-Philippe.


IV. De la Jetée d’Alger au Port de Brest : Un Exil de Bronze

Une fois arrivé en France, le canon ne fut pas fondu pour son métal, signe de l’immense respect qu’il inspirait. En 1833, il est érigé verticalement dans l’arsenal de Brest, sur un socle de granit.

Un Monument à la Marine Française

Transformé en colonne de victoire, le canon a été surmonté d’un coq gaulois (ajouté plus tard) écrasant un croissant fertile. Pendant près de deux siècles, il est devenu un point de repère pour les marins brestois, perdant peu à peu son nom d’origine pour devenir officiellement “La Consulaire”.

V. Un Débat Mémoriel Toujours Vivant

Aujourd’hui, Baba Merzoug n’est plus un instrument de guerre, mais un enjeu de mémoire. Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, des voix s’élèvent régulièrement pour demander le retour du canon à Alger.

Un Symbole de Restitutions Culturelles

Pour de nombreux historiens et citoyens algériens, le canon est une pièce centrale du patrimoine national, dont la place est sur la jetée d’Alger, face à la mer qu’il a protégée pendant des siècles. En France, le canon reste classé comme monument historique, témoignant de l’histoire maritime du pays.

Cette colonne de bronze continue de nous interroger sur la manière dont nous traitons les objets d’art et d’histoire saisis lors des conflits passés.


Conclusion

Qu’on l’appelle Baba Merzoug ou La Consulaire, ce géant de 12 tonnes demeure l’un des objets les plus fascinants de l’histoire franco-algérienne. Il incarne à lui seul la fin d’un monde et le début d’un autre, nous rappelant que derrière chaque objet se cachent des destins d’hommes, des empires déchus et des récits qui ne demandent qu’à être racontés.


Ya Baba Merzoug, ya s’hab el k’lam Gardien de la mer,

men bekri l’youm Sept mètres de bronze,

f’le b’har l’ghariq Sept mètres de bronze,

emportés f’triq Pris en trente,

loin de la Casbah Mais ton âme appelle, mazalna hna.

Ayema, ayema, r’fedi rassek l’youm Wlad el bled raho l’dar,

khlass el ghoum Vingt-quatre étoiles f’sma t’lali Raho l’dar,

ya dzaïr el ghalia.

Vingt-quatre guerriers, sabrine f’ghorba M’ghalqin f’stouïch,

b’îd ala el kedba Aujourd’hui le vent porte leurs prénoms

Aujourd’hui la terre chante leurs chansons Plus de tristesse,

r’tahou l’moujahidine Fi trab el djeddad,

m’henniyine. Cherif… ya l’ghali Sheikh…

Allah yarahmou Mohamed… Moussa… Aissa… Belkacem… Mokhtar… Ahmed… Mustafa… Salah… “Raho l’dar…”

Ayema, ayema, r’fedi rassek l’youm

Wlad el bled raho l’dar, khlass el ghoum Vingt-quatre étoiles f’sma t’lali Raho l’dar, ya dzaïr el ghalia.

Le bronze attend son retour… Mais les fils sont là. “T’henna, ya dzaïr…” “T’henna…”